Article spécialisé
mercredi 27 mai 2020

Open space : « Là où on réunissait, voilà que l’architecte est sommé de distancier »

Nombreux sont les articles remettant en doute la pérennité de l’open-space et de ces grands espaces partagés, tant idéalisés ces dernières années. Synonymes d’échange, de convivialité et de créativité, il est devenu difficile pour les entreprises d’imaginer un retour à la normale. A l’heure où les dispositifs sanitaires inondent les boîtes mails et laissent entrevoir le parcours d’un salarié jalonné d’obstacles, que nous disent les premiers retours d’experts ?
Open space : « Là où on réunissait, voilà que l’architecte est sommé de distancier »
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Zoom sur les directives du ministère

Outre l’encouragement du gouvernement pour adopter le système du télétravail et des horaires décalées, en termes d’aménagement, il est recommandé d’attribuer une zone de 4 m² par individu minimum afin de « garantir une distance minimale de 1 mètre autour d’une personne ». Pour calculer cette aire, l’employeur doit regarder la surface résiduelle de l’espace considéré, autrement dit la surface effectivement disponible pour les salariés, déduction faite des parties occupées. La gestion des flux est également un véritable casse-tête. « Plan de circulation », « marquages au sol » et « pratiques de contournement » s’invitent désormais dans les bonnes pratiques.

 

Un marché arrivé à maturité ?

Selon Eri Mitsostergiou, analyste recherche Europe Savills « Il apparaît clairement que crise sanitaire ou non, le ralentissement du secteur du coworking peut être attribué à son arrivée à maturité. Les grands acteurs du marché tels que WeWork et IWG ont cessé d'ouvrir de nouveaux espaces et s'attachent désormais à réduire leurs coûts, ce qui ouvre le champ à des opérateurs plus petits toujours dans une dynamique d'acquisition ».

Le risque étant qu’à terme, de nombreuses entreprises ne renouvellent pas leur contrat afin de limiter l’impact financier. En Asie, la réticence vis-à-vis des espaces de coworking se fait sentir : 27 % des clients ne devraient pas renouveler leurs engagements. C’est le taux le plus élevé constaté. En Europe il est de 13 % suivi de près par l’Amérique du Nord avec 12 %.

 

Esquisse de solutions alternatives

Jessica Alderson, également analyste pour Savills, évoque la mise en place d’espaces de coworking multi-sites. L’idée ? Opter pour l’acquisition d’un pôle central faisant office de siège social, complété par de multiples entités de coworking se trouvant hors du centre-ville et à proximité des transports en commun.

Les maîtres-mots : démultiplication et modularité, comme le souligne Elodie François-Muller, directrice du Groupe LF Immobilier « Ce n’est pas pour autant que ces collaborateurs ne vont plus à leur bureau où qu’ils ne font pas de télétravail. Ils choisissent entre le télétravail, aller au siège ou disposer d’un lieu de travail qualitatif à côté de chez eux. Un vrai luxe en termes de qualité de vie d’avoir le choix entre 3 solutions. L’avenir est probablement à la modularité. »

 

Entre confidentialité, calme et sécurité

Selon Flore Pradère, directrice veille & prospective bureaux de demain chez JLL « Nous pouvons imaginer que les bulles de silence se multiplieront. Le confinement a mis en exergue le fait que certains salariés ne parvenaient pas à se concentrer au bureau ».

Combiner le deep work aux espaces bruyants et conviviaux, en voilà un enjeu majeur que détaille l’architecte Laure Philippe « Différencier des environnements de travail zen et d’autres plus animés est apprécié à la fois de personnes qui téléphonent beaucoup et ne se voient pas passer la journée dans un espace clos exigu, et de profils plus en introspection qui vont aimer retrouver l’émulation d’un espace silencieux partagé, comme en bibliothèque ».

*Deep work = travail en profondeur, concentré et conscient

 

Bullpen

Autre piste : Les Bullpen. Cette approche américaine de l’openspace se caractérise par des bureaux individualisés et cloisonnés des deux côtés, isolant ainsi les salariés les uns des autres. Claustras, pans de cloisons transparents, panneaux et rideaux acoustiques viendront structurer l’espace et garantir le respect des nouvelles consignes. Pour faciliter le nettoyage des surfaces, des matériaux non poreux et lessivables comme les stratifiés, résilles, PVC, Plexiglas commencent déjà à investir les espaces.

© Materic

 

Télé-présence

Le télévravail ne tombera par pour autant aux oubliettes, bien au contraire ! Vincent Dubois de l’agence Archimage, explique qu'à partir de cette crise le bureau sera repensé comme un lieu d’échanges et de rencontres, où l’accent sera mis sur les stations de télé-présence permettant de reconstituer des salles de réunion aux quatre coins du monde.

En parlant de salles de réunion, il semblait que la table massive et chaleureuse laissera sa place à un mobilier individuel et modulaire (mobilier à roulettes, bureaux réglables, casiers et penderies individuels…) « Avec un mobilier modulaire et souvent multi-configurable, ces aménagements encouragent le mouvement, on y passe facilement de la station assise à la station debout ce qui participe au bien-être des personnes et à l’efficacité des réunions. » détaille Jérôme R. responsable de l’environnement de travail et client d’Othéa.

 

La livraison valorisée

Enfin, dernier point, il faut s’attendre à ce que les canapés partagés en tissus et fontaines à eaux soient déconseillés afin de limiter la contamination manuportée. Plus largement, ce sont les restaurants d’entreprise qui pourront être menacés car remplacés par un ballet de livreurs. Des salles “hors sac” et autres espaces café feront leur apparition pour permettre de prendre son repas dans un décor alternatif au poste de travail.

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